Lundi matin, réunion commerciale. Le directeur des ventes lâche : « Les contacts du marketing, c’est du vent. Personne n’achète. » Deux bureaux plus loin, la responsable marketing ouvre son tableau de bord : 180 demandes entrantes le mois dernier, un record. Et elle se demande pourquoi personne ne les rappelle.
Les deux ont raison. Et c’est bien le problème.

Il était une fois deux équipes qui visaient le même client
Dans la plupart des PME que je croise, le marketing et le commercial poursuivent le même but : faire signer des clients. Sur le papier, en tout cas. Dans les faits, chacun a ses indicateurs. Le marketing compte des visites, des téléchargements et des formulaires remplis. Le commercial compte des rendez-vous et du chiffre d’affaires signé. Et entre les deux, il n’y a souvent qu’un fichier Excel partagé que personne ne met à jour.
Ce n’est pas une impression. Selon le baromètre 2026 « Alignement Sales & Marketing », publié par le CMIT, Nomination et DCF Grand Paris, seules 40 % des entreprises estiment que leurs équipes sales et marketing sont alignées. Et quand on demande ce qui bloque, 71 % des décideurs répondent la même chose : l’absence d’objectifs communs.
Ce n’est donc pas un problème de personnes. C’est un problème d’organisation.
Chaque jour, des opportunités s’évaporent
En vingt ans de vente, j’ai vu ce scénario se répéter des dizaines de fois. Un prospect remplit un formulaire un mardi soir. Le marketing le transmet le jeudi. Le commercial, pris par ses clients existants, le rappelle la semaine suivante. Le prospect a déjà signé ailleurs, ou il ne se souvient même plus de sa demande.
La Harvard Business Review a mesuré ce phénomène sur plus de 2 000 entreprises américaines. Le délai moyen de réponse à un contact entrant était de 42 heures, et 23 % des entreprises ne répondaient jamais. Pire encore : celles qui rappelaient dans l’heure avaient environ sept fois plus de chances de qualifier le contact que celles qui attendaient plus longtemps.
Faites le calcul pour votre entreprise. Si chaque contact entrant vous coûte 50 ou 100 euros en publicité, en salon ou en temps passé sur le contenu, combien en jetez-vous chaque mois sans le savoir ?
Un jour, quelqu’un pose la question qui fâche
« C’est quoi, pour nous, un bon contact ? »
Posez cette question séparément à votre marketing et à vos commerciaux. Je vous parie un café que vous obtiendrez deux réponses différentes. Le marketing pense « quelqu’un qui s’intéresse à notre offre ». Le commercial pense « quelqu’un qui a un budget, un besoin précis et un calendrier ».
Tout le décalage vient de là. Le baromètre le confirme : 76 % des commerciaux attendent du marketing des contacts de qualité, tandis que 67 % des marketeurs réclament un meilleur retour d’information du terrain. Chacun attend que l’autre fasse le premier pas.
À cause de ça, chacun travaille dans son coin
Le marketing produit du contenu sur ce qu’il imagine être les préoccupations des clients. Les commerciaux, eux, entendent tous les jours les vraies objections, les vrais freins et les vrais mots des clients. Mais cette information reste dans leur tête ou dans leurs notes.
Résultat : le site parle un langage que les clients n’utilisent pas, les commerciaux refont leurs propres supports dans PowerPoint, et le dirigeant finance deux équipes qui se tournent le dos.
Jusqu’à ce qu’on remette tout le monde autour de la même table
L’enjeu est réel. Dans le même baromètre, 82,5 % des organisations alignées constatent une amélioration de la qualité de leurs contacts, et 55 % disent gagner du temps sur la prospection et la fidélisation. Dans une PME, pas besoin d’un grand projet pour y arriver. Voici cinq leviers que je mets en place avec mes clients.
- Écrire ensemble la définition du contact qualifié. Une page, pas plus. Taille d’entreprise, secteur, fonction de l’interlocuteur, signal d’achat. Tant que ce critère n’est pas partagé, chaque équipe continuera à juger l’autre sur des règles différentes.
- Fixer un objectif commun chiffré. Pas « 200 contacts » pour l’un et « 300 000 € de CA » pour l’autre, mais un indicateur partagé, par exemple le nombre de rendez-vous qualifiés par mois. Quand les deux équipes sont jugées sur le même résultat, les échanges changent de ton très vite.
- S’engager sur un délai de rappel. Un contact entrant doit être traité dans la journée, idéalement dans l’heure. Écrivez-le noir sur blanc, désignez un responsable et mesurez-le. C’est souvent le levier le plus rentable, et il ne coûte rien.
- Organiser un rituel court et régulier. Trente minutes tous les quinze jours suffisent. Les commerciaux partagent les objections entendues, les raisons des affaires perdues, les questions récurrentes. Le marketing repart avec de la matière pour ses prochains contenus.
- Utiliser un seul outil de suivi. Un CRM, même simple, que les deux équipes alimentent. Le baromètre montre que 70 % des commerciaux attendent du marketing qu’il tienne le CRM à jour. L’inverse est tout aussi vrai. Un outil partagé, c’est une seule version de la réalité.
J’en parlais déjà dans mon article sur le management de la force de vente dans les PME : un commercial performant a besoin d’un cadre clair. Le marketing aussi. Et ce cadre doit découler d’une stratégie d’affaires partagée, pas de deux plans d’action écrits chacun de son côté.
Et chez vous ?
Il ne s’agit pas de trouver un coupable. Dans une PME, le marketing et le commercial sont souvent deux personnes, parfois une seule, parfois le dirigeant lui-même. L’alignement commence le jour où l’on accepte que l’acquisition et la vente sont deux maillons d’une même chaîne, et qu’un maillon faible suffit à tout casser.
Alors, si vous posiez demain la question « c’est quoi, pour nous, un bon contact ? » à vos équipes, obtiendriez-vous la même réponse ? Racontez-moi en commentaire, ou échangeons directement pour faire le point sur votre organisation commerciale.


